• Auteur :

    Catherine Phalippou

  • Chêne « en acte »

    Chêne « en acte »

  • Ne pas rester spectatrice

    Militante associative, soit, mais essentiellement citoyenne n'ayant jusqu'ici jamais eu que le souci de remplir son devoir civique, je me suis engagée durant la campagne des Cantonales de 2011 en soutien à Jean-Marie Goater pour rappeler que la citoyenne, le citoyen lambda est responsable quand elle ou il laisse mourir le débat d'idées et consent que des politiques professionnels le confisquent.
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Démocratie « continue » : entre représentative et participative

Posté par Catherine Phalippou le 23 janvier 2011

Démocratie    1349283_photo-d-rousseau dans Propositions d'une ex-suppléante politique  Dominique Rousseau

Article à lire ci-contre.

A Rennes, les Little Sisters du Big Brother étatique s’appellent caméras de surveillance (dont on ne voit pas le bout de « l’expérimentation » votée au Conseil Municipal en 2009), e-surveillance (cliquer), passion pour le développement de la géolocalisation (cf billet du blog « Hé, lecteurs ! » à cliquer ici)… et… réclamer un débat politique devient indécent car rencontrer les citoyens « pour de vrai » est considéré trop périlleux.

Sources des illustrations :

http://www.odilejacob.fr; http://www.leparisien.fr

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L’énergie

Posté par Catherine Phalippou le 11 janvier 2011

Le moteur Minato

L’effet pantone

Et un excellent site sur des applications pratiques et concrètes de l’écologie

Les trois à cliquer.

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Détaxer les produits locaux ! Lutter contre la merdialisation !

Posté par Catherine Phalippou le 11 janvier 2011

Le locavorisme 1

Le locavorisme 2

Deux articles de 20 Minutes.fr à cliquer.

Et si Europe Ecologie-Les Verts avait un rôle de protection du bien vivre et instauraient une force de laboratoires indépendants pour contrôler ce que nous mangeons, ce que nous manipulons quotidiennement et ce qui nous soigne ? 

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La simplicité volontaire

Posté par Catherine Phalippou le 28 décembre 2010

Et pourquoi ne généraliserions-nous pas notre rapport aux biens et aux services sur le modèle des prêts en bibliothèques ?

La gratuité, la décroissance ? Cliquer ci-avant.

Paul Ariès  : La simplicité volontaire dans Propositions d'une ex-suppléante politique 02_Paul_Ari%C3%A8s

Décroissance et gratuité, moins de biens plus de liens !

Voir aussi

Serge Mongeau, le penseur québécois de la « simplicité volontaire » (cliquer pour lire l’article Wikipédia), dite aussi « sobriété heureuse ».

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La formation au peuple du peuple : politeïa grecque et humanitas romaine

Posté par Catherine Phalippou le 28 décembre 2010

Rousseau dans son ouvrage intitulé Du Contrat Social nous  a appris que le peuple n’est pas une donnée géographique, ni naturelle,  que le peuple est le groupe contractant, s’associant autour de lois qu’il se donne lui-même parce qu’il veut vivre ensemble. Le peuple est la chose publique, la res-publica. Mais comment garantir les liens entre citoyens pour qu’ils ne restent pas seulement formels ? Comment accorder les intérêts particuliers des individus et le bien commun ? (cf Du Contrat Social, Livre IV, chap. VIII).

L’obligation d’obéir ne peut être fondée sur le seul contrat

Toute « cité moderne » légitime se construit sur un contrat et non sur le prétendu droit de la force, chacun s’y engage volontairement et repose cet engagement sur le souci du bien commun, de l’intérêt général. Il faut bien toutefois reconnaître que l’engagement citoyen qui fait naître la république ne peut rester une oeuvre de la froide raison. Pour éviter les Etats arbitraires, les despotes, nous avons bien sûr intérêt à n’obéir qu’aux lois que nous avons contribué à élaborer, mais pour que l’union politique ne soit pas garantie que par une recherche intéressée, pour que nous fassions notre devoir de citoyen avec enthousiasme, il faut que nous aimions la république, le contrat lui-même. Il nous faut l’aimer jusqu’au point qu’elle nous apparaisse comme tellement sacrée qu’elle vaille bien que nous ne suivions pas nos intérêts égoïstes quand la volonté générale les frustre.

Comment rendre l’obéissance sacrée ? Il ne suffit pas que l’autorité soit légitime, bien qu’il faille qu’elle le soit comme préalable, pour instaurer de l’inviolable dans le vécu républicain. Rousseau réfléchit sur la liaison, le lien social, sur ce qui relie un peuple, un ensemble de citoyens qui a voulu les lois auxquelles il obéit. Il faudrait une religion civile, suggère-t-il.

Pas de théologie dans cette religion, rien que de très politique nous rassure-t-il. Le peuple, le souverain, c’est-à-dire celui qui dispose du pouvoir des lois fixerait les dogmes communs. Sur eux s’accorderait la confiance des citoyens en la chose publique. Celle-ci s’incarnerait et les citoyens pourraient avoir la foi civile, la confiance en un peuple rendu aimable à lui-même. Les croyances qui animeraient cette foi ne réclameraient aucune capitulation de la raison mais préciseraient ce qui doit être pour aimer cohabiter. Par exemple que l’intolérance soit bannie, que le contrat social soit sacralisé ou que la moralité sociale soit la principale des vertus faite loi « qui ne se grave ni sur le marbre, ni sur l’airain, mais dans le coeur des citoyens » (Livre IV toujours).

Mais attention aux doctes politiques, à ceux qui savent pour nous et nous servent des valeurs si belles : « travail, famille, patrie » par exemple.

Pas d’exclus de la culture comme moyen de civilisation :

Le citoyen doit être éduqué, mais il ne faudrait pas là une culture distinctive telle celle à laquelle les Grecs attachaient une grande importance. La démocratie athénienne ne tenait en effet que grâce à un tissu culturel commun, à un héritage qui fédèrait certes les générations, mais excluait de la reconnaissance des hommes libres et respectables ceux qui n’en avaient pas connaissance : les plus éloignés étant les barbares dont même la langue était dite incompréhensible. Etait ainsi appelée paideia ce socle chez les Athéniens et humanitas, ce même socle chez les Romains.

Nous demeurons convaincus que dès l’enfance doit être encouragée la représentation du bien commun chez les enfants, en leur montrant combien il leur est bénéfique (sans pour autant leur être en quoi que ce soit « profitable », il est vrai, ce qui impose de rompre avec les valeurs consuméristes sinon hédonistes ambiantes auxquelles nous laissons excessivement le devant de la scène).

Par exemple, que la cité se dote d’un réseau de bibliothèques publiques repose sur une confiance placée par la communauté en chaque citoyen*. La cité fait le pari que les ouvrages prêtés seront soigneusement traités et le « retour sur investissement » est largement positif car cette confiance qui est gratifiante et stimulante donne aux individus envie de prendre place dans la cité.

*cf ce billet d’Hé, lecteurs à St Martin ! (cliquer pour ouvrir) sur le rôle politique essentiel des bibliothèques selon nous, et ce deuxième  billet d’Hé, lecteurs à St Martin !  (cliquer pour ouvrir) sur les « Troisièmes Lieux » en sociologie, enfin ce troisième billet d’Hé, lecteurs à St Martin !  (cliquer pour ouvrir) sur l’impossibilité de se dispense d’un effort à réclamer du citoyen (Ah, démagogie quand tu nous tiens !).

 

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Projet personnaliste à réanimer

Posté par Catherine Phalippou le 27 décembre 2010

Défendre le savoir d’achat :

http://www.dailymotion.com/video/xfaect


INTRODUCTION DE NOTRE REFLEXION :

Capable de secouer suffisamment l’opinion pour qu’elle voie les problèmes de son temps, un intellectuel interpelle, questionne, souligne. Aux antipodes du gourou qui fournit aux esprits paresseux des pensées se présentant elles-mêmes comme des clefs pour lire notre temps, l’intellectuel nous place face à nos contradictions et stimule notre propre esprit critique, en nous réclamant de trouver par nous-mêmes des solutions. Ainsi doit-on penser le philosophe d’inspiration chrétienne qu’est Emmanuel Mounier (1905-1950), non comme un gourou mais comme un intellectuel. Si la crise est bel et bien là, impossible à nier, que faire ?

Comment prétendre être un acteur dans un monde déliquescent? Nous sommes invités à engager la réflexion sur les conditions de réussite d’un projet révolutionnaire;

D’après Mounier le dignostic vital est engagé pour notre civilisation entière. Il revendiqua le personnalisme comme l’une des voies de l’existentialisme chrétien au travers de l’Introduction aux existentialismes (1947). Sa philosophie, le personnalisme énumère d’abord ce qu’il faut selon elle refuser ( : la logique du marché, l’individualisme et le refus de l’autre) avant de proposer des pistes pour refaire la société.

DEVELOPPONS :

A) La lecture de Charles Péguy d’abord a impressionné Mounier parce que ce dernier forge depuis sa foi chrétienne un humanisme de l’incarnation que Jacques Maritain (1882-1973) a reconnu à ce dernier, et qui martèle inlassamment combien le spirituel est incapable de se passer du temporel. Pour s’élever il faut assumer sa condition charnelle, en reconnaître le droit aux autres et oeuvrer pour les soulager.

Forte du développement de la raison technicienne, la modernité a permis l’élévation du niveau de vie en Occident. Libérés du servage, les hommes bénéficient désormais de contrats avec leurs employeurs et la démocratisation est en marche. La vie d’antan n’est guère enviable, et Mounier reconnaît que le monde rural notamment perdrait beaucoup en perdant les techniques modernes. Par contre l’économie moderne a perverti les bénéfices des techniques au service de quelques uns seulement, alors qu’il ne vaut que s’il est partagé. L’éloge des forces individuelles par la modernité a d’après Péguy encouragé la destruction du monde : par le libéralisme s’est instaurée comme nouvelle norme la recherche égoïste de ses intérêts. Adam Smith en 1776 théorisa l’individualisme économique dans son ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations où il défendit l’idée que le bonheur collectif passait par l’encouragement de chacun à produire et commercer, car non seulement le commerce « adoucit les moeurs » comme l’accordait aussi Montesquieu, mais il génèrerait une harmonie générale invisible providentielle (qui nous tiendrait tous entre ses mains malgré nous).

Or il est facile d’avoir les mains propres quand on n’a jamais tendu ces dernières reproche Péguy aux belles âmes… En ce sens qu’une révolution ne vaut que si elle retrouve la tradition de la charité, si elle dirige vers l’accomplissement de l’humanité dans toutes ses dimensions. En 1934, Mounier écrit : « A beaucoup de démocrates chrétiens, nous reprochons précisément de n’avoir pas cherché avec suffisamment de grandeur l’audacieuse tradition qui les eût poussés à l’avant-garde, au lieu de les paralyser dans les fluctuations modérées jusqu’à en faire trop souvent la dernière et malsonnante remorque de la réaction ». Il faut une révolution. 

La révolution selon Péguy est à la portée de chacun qui dans son corps, malgré l’inconfort provoqué refuse la vie moderne et choisit la générosité. Ainsi la révolution est morale ou n’est pas, car elle se doit d’être exemplaire et commencer par soi.

Nous aurons compris que comme pour Péguy, pour Mounier le projet révolutionnaire doit être doit être porté par une fin morale mais que ce dernier précise que pour qu’il soit réalisable il doit prendre soin de s’appliquer à l’épaisseur du matériel social humain. A la fin de la guerre 39-45, Mounier ne ménagera pas sa peine pour aider à la réconciliation franco-allemande. Ainsi en 1948 contribua-t-il à créer le Comité français d’échanges avec l’Allemagne qui lancera les bases d’un dialogue restauré et rendra possible la nouvelle Europe politique.

 

B) Mounier partage avec Marx le constat de l’aliénation des prolétaires par une minorité sociale détentrice des capitaux. Il s’appuie sur son analyse (après Simondi et Saint Simon) des dysfonctionnements du système capitaliste..

D‘après Marx, le capitalisme a contribué à accélérer l’histoire en intensifiant la lutte entre les classes sociales. La conscience d’appartenir à une classe sociale dont les intérêts s’opposent à ceux de l’autre classe est plus forte qu’au sein des économies antique et moyenageuse : l’esclave de l’Antiquité devait la vie à son maître qui devait le traiter convenablement pour soigner sa réputation, le serf pouvait attendre du seigneur qu’il le protège en cas de disette ou de guerre. A l’occasion de 1929, l’Occident a découvert sa cruauté et son incapacité à gérer positivement un moment de mutation profonde, de transformation. Quand le capital prime sur le travail, il appauvrit les individus au lieu de les enrichir car le capitalisme est au service du profit et non des personnes.

Soucieux de protéger le citoyen actif, l’Occident a encouragé l’enrichissement matériel en se reposant sur l’argument que plus nous nous enrichirions économiquement, plus nous pourrions encourager le travail de la matière grise de ceux qui dès lors nous trouverons des solutions aux problèmes que nous rencontrerons. Or ce modèle de croissance supposant un enrichissement constant et partagé a montré ses limites. Non seulement la rationalité qui serait soi-disant à l’oeuvre dans le marché connaît des ratés et ce dernier est capable de déjouer les prévisions, mais qui plus est le développement marchand s’est étendu à quasiment tous les biens, provoquant une indifférence qui gomme toutes les priorités. Tous les biens ne se valent pourtant pas. La santé, l’éducation et la citoyenneté ne devraient pas relever de la logique marchande.

A concentrer nos efforts collectifs sur la seule croissance économique au motif que ce n’est que par elle que nous pourrions nous sauver, nous avons négligé le vrai politique, celui qui oeuvre pour le bien vivre ensemble. Des choix drastiques s’imposent dans tous les domaines.

Pour contrarier le désenchantement du monde faut-il attendre des lendemains qui chantent ? La faiblesse de Mounier, par rapport au marxisme notamment, c’est qu’il ne fournit pas de mode d’emploi du changement radical, ni d’idéologie. C’était sa faiblesse hier. Mais cela ne fait-il pas aujourd’hui sa force, demande Guy Coq, Président de l’association des Amis d’Emmanuel Mounier, maintenant que les utopies autant communiste que fasciste sont mortes ?

Le moteur de notre vie en commun ne peut pas être que la croissance. Le monde qui sur-individualise n’est pas un monde moral (cf Emmanuel Mounier : Le Personnalisme ?). Economiquement comme politiquement et plus globalement anthropologiquement selon Mounier, l’idée d’individu dont pouvait s’enorgueillir la Renaissance occidentale a été dévoyée pour un individualisme qui l’a trahie. L’homme a eu tendance à se prendre pour dieu. Il faut oeuvrer pour ne rien laisser de ce qui fait la valeur de l’humain hors des hommes. Il faut faire renaître l’homme. L’individu moderne est né au XVIème S, avec la Renaissance. Mais depuis le siècle dernier, nos démocraties traversent crise sur crise. Comment en sort-on ? Autant en sortir par le haut propose Mounier, en élevant nos âmes.

Encore faut-il amener les individus à refuser la « démission » avertit Mounier. Distrait par le « bavardage en commun » (Mounier Introduction aux existentialismes), l’individu se cache son existence, se « masque l’angoisse » qui l’animant le ramène à l’expérience du tragique de sa liberté qui ne peut pas ne pas s’engager. Le pessimisme n’est pas de rigueur, surtout pas celui des anarchistes dont le personnalisme peut pourtant paraître si proche.

C)  Comme les anarchistes, Mounier ne croit pas qu’il faille placer son espoir pour une meilleure justice dans un Etat fort. L’autorité subie est à refuser. «  De quel droit voulez-vous me commander ?» demandait Proudhon (1809-1865) à l’Etat. Méfiant à l’égard des pouvoirs forts, Mounier reproche à l’Etat sa tendance totalitaire (qui voudrait s’occuper de tout). Contre tous les totalitarismes : étatiques, idéologiques, financiers qui écrasent la personne (encore plus quand ils prétendent la servir comme dans le cadre d’un culte du chef ou du héros). Abolissons l’Etat propose Proudhon pour que les hommes retrouvent des rapports sociaux naturels.

Comme Proudhon, Mounier déclare que le projet marxiste, et sa vision d’une historique ne tiennent pas.

Inspiré par Hegel, Marx appelait à une révolution par soulèvement des prolétaires contre les bourgeois et l’instauration d’une société sans classes sociales qui rendent les individus égaux car indifférents. Le matérialisme historique est la philosophie de Marx, qui reprend la vision de la dialectique de l’histoire présentée par Hegel. Comme les anarchistes, Mounier refuse de croire en la synthèse inévitable historique. Le jeu des forces présent dans l’histoire ne s’institue pas de droit mais de fait et en aucun cas ne s’impose aux individus malgré eux selon Mounier. Les individus sont tous responsables.

Marx considère que la lutte des classes est le moteur matériel de l’histoire alors qu’il n’en est qu’un symptôme, celui de la maladie de l’économie insiste le personnalisme qui n’entend pas laisser le Marxisme amputer les hommes de leur dimension personnelle. Si l’établissement de l’égalité sociale doit se payer au prix de l’oubli de l’être de l’homme, cette voie n’est pas la bonne. Or s’il est sûr que le capitalisme ne se supprimera pas de lui-même, il faut agir.

L’action humaine est forcément tragique et l’engagement réclame du courage. De grandes régressions sont toujours possibles au sein d’une avancée même ardemment voulue. Aucun monde parfait n’est à attendre d’êtres imparfaits que les hommes, par contre une amélioration est possible. Au XIXe siècle, Alexis de Tocqueville (1805-1859) , dans son livre célèbre sur La démocratie en Amérique, définissait l’individualisme comme « un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même. » or dans les pas de Kant, Proudhon dans De la justice dans la révolution et dans l’église (Tome I) définit la justice comme le respect spontané des personnes quelque soit le risque auquel cela peut exposer : « Ainsi conçue, la Justice, rendant toutes les conditions équivalentes et solidaires, identifiant l’homme et l’humanité, est virtuellement adéquate à la béatitude, principe et fin de la destinée humaine. ». De la même façon que Kant appelait à se dégager des tuteurs réclamés par les mineurs qui refusent tous de se servir de leur propre entendement, Mounier en appelle à l’audace et au courage de chacun pour faire que les choses changent. Est juste celui qui refuse que soient compromis les droits, l’attribution à chacun de ce qui lui est dû, et qui combat ce qui menace l’accord mutuel de la dignité par l’égalité. Pour développer l’autonomie morale de la conscience subjective, il faut protéger les individus contre les dogmatismes de tous poils insistent les anarchistes, qu’ils soient politiques ou religieux : « Ni dieu ni maître » (ainsi que le proclamait le journal créé en 1880 par Auguste Blanqui).

Une révolution est bel et bien un retour mais pas à rien selon Mounier qui suit en ce sens Péguy. Pour remettre les compteurs à zéro, nul besoin de détruire tout comme le prônent les anarchistes, il faut une conversion qui soit porteuse d’un ressourcement. Selon le personnalisme, l’homme se définit dans sa capacité à entrer en relation, la destruction anarchiste de la Polis est donc impensable.

A la différence des anarchistes, Mounier ne définit pas un projet politique mais les principes personnalistes définissent une manière d’être au monde. Il n’y aura pas, prévient Mounier de solutions aux problèmes économiques sans un questionnement profond de la vie sociale, de ce qui aide et garantit le lien social. Ce n’est qu’à partir de l’existant et non en l’évacuant que nous parviendrons à régler les problèmes. Le capital humilie l’homme, le déprave et l’anarchisme repose bel et bien sur une pensée moralisatrice inspirée par Kant. Contre la propriété privée dont s’enfle le bourgeois, contre l’Etat qui en est complice les anarchistes espèrent une révolution suffisamment violente. Faut-il que toute politique disparaisse sous le motif que tout pouvoir corrompt la liberté, empêche l’autonomie ? Le pouvoir autorisé peut aider à l’autonomie. Notre espoir n’est pas à placer qu’en lui alors où ?

 

D) Selon Mounier il s’agit de finir, d’aller au bout de la révolution que la Renaissance n’est parvenue à accomplir qu’à moitié en pensant les individus comme des personnes. Le renouveau à entreprendre doit proposer un humanisme pour notre temps, sachant que cette conception de l’homme se propose comme celle d’une seconde modernité. Mounier propose de combattre économiquement et philosophiquement pour une autre civilisation.

1°) Economiquement : comment penser la prospérité en dehors de la seule croissance économique ? Dans son article « Refaire la Renaissance », Mounier théorisa la crise de 1929. Si l’esprit est « lumière » comme le concédait Péguy, encore faut-il que les corps se mettent en marche pour qu’une révolution ait lieu.

a) Le rôle intégrateur essentiel du travail selon Mounier : Le système capitaliste promet une promotion sociale accessible par les seules forces du travailleur alors que l’égalité des chances n’est qu’un miroir aux alouettes. Marx dénonçait le travail abêti qui accepte que l’effort transforme en animal domestique, en bête de somme dont la somme pitance soit le but. a appris à Mounier que c’est bel et bien en modifiant les structures matérielles que l’on modifiera les mentalités. Pour Marx c’est à la classe prolétaire de mener la révolution, alors que pour Mounier, la révolution doit concerner tout le monde ou ne sera pas. Il serait contreproductif d’appeler les hommes à se liguer les uns contre les autres, aucune réconciliation sinon par la terreur politique n’étant possible sur une telle base de changements.

Mounier ne diabolise pas le commerce et réclame bel et bien l’Etat pour contrôler qu’il reste juste, favorisant la circulation des biens et des services et empêchant l’accumulation, la thésaurisation encore pirela spéculation. Il faut être réaliste insiste Mounier, et faciliter la circulation des biens et des services en gardant l’économie de marché, la monnaie mais en interdisant les gains sans travail (héritages, loteries, spéculation…). La richesse ne se stocke pas mais circule, chacun doit contribuer aux échanges.

Certes dans l’économie capitaliste (encore plus aujourd »hui : mondialisée), le travail salarié est réduit à n’être plus qu’une « variable d’ajustement » et c’est le sens même du travail humain, sa dignité, sa participation à la dignité de la personne qui sont rejetés. Mais ce n’est pas en dévalorisant la valeur du travail que l’on combattra la réduction de l’homme à l’individu, c’est au contraire en revalorisant ce dernier encourage Mounier. En période de crise, au lieu de désinvestir son travail, l’homme doit s’y investir doublement selon lui.

b) Conserver ce qui déjà garantit le lien social : Selon les marxistes comme les anarchistes il faut une destruction radicale de l’ordre établi pour espérer supprimer les inégalités. Le projet réformiste apparait trop tiède à ces mouvements desquels Mounier dès lors se distingue. Pour éviter l’aliénation dans le monde des objets auquel il ne se confond que par pure paresse, il faut que l’homme se ressaisisse et revitalise par ses efforts quotidiens la vie sociale. Restaurer la Philia grecque, l’amitié en adjoignant à la pensée de l’égal celle du frère. Au lieu de persister à croire que l’action du citoyen est impossible pour faire face à la crise, il faut réfléchir à l’organisation collective qui la permettrait. La position active est à inventer politiquement et non seulement économiquement. Il faut résister aux totalitarismes divers qui veulent que l’Etat, les églises ou le marché s’occupent de tout.

Remédier à la dé-liance est une priorité, nouer des relations respectueuses au sein d’une religion laïque, civile qui ne soit pas seulement animée par l’interdépendance économique.

2°) Pour une nouvelle modernité : la personne selon Mounier est une donnée humaine qui agit, avec l’ambition non de son intérêt petit bourgeois mais du partage qui enrichit l’humanité. Prônant la fin du salariat et de l’euro-centrisme, Mounier encourage chacun à un décentrage, sinon à une inversion du moins à un élargissement de perspective. L’ère de domination bourgeoise européenne par les échanges sur la base du commerce et de la diffusion des techniques est finie et l’Europe ne peut plus croire que l’histoire mondiale ne s’écrit que de son point de vue, comme si son mode de vie devait dicter un modèle à toute la planète.

Or si aucune bonne nouvelle n’est à attendre du marché ni de grand soir à l’horizon du prévisible : c’est à une amélioration lente mais persévérante qu’appelle Mounier une fois les grands mythes modernes abattus et la pensée revigorée. Tout projet qui ne se fonderait pas sur la responsabilité serait illégitime selon Mounier. 

Comment fonder légitimement les collectivités si l’individu est roi, s’il n’y a que lui ou à l’inverse s’il n’y a à penser que l’histoire du tout humain ? Opposé à l’individualisme libéral autant qu’au socialisme marxiste ou social-démocrate, Mounier veut cesser de penser une confrontation entre l’individu et la société pour lui substituer la relation dialectique entre la personne et la communauté. La personne n’est rien sans la communauté qui est à entendre comme l’humanité.

S’engager, oui, il le faut – soutient Mounier – mais s’engager sans être embrigadé. Il faut redéfinir le politique, non comme un programme d’actions porté par une idéologie mais comme une philosophie de l’action collective pour que nos projets soient des oeuvres communes. « On parle toujours de s’engager comme s’il dépendait de nous : mais nous sommes engagés, embarqués, préoccupés. C’est pourquoi l’abstention est illusoire. » E. Mounier Le Personnalisme ? Héros tragique, l’individu prend des risques, « Le courage est d’accepter cette condition incommode et de ne pas la renoncer pour les molles prairies de l’éclectisme, de l’idéalisme et de l’opportunisme. » continue-t-il.

3°) De la « situation » chez Sartre à la « présence » chez Mounier : partageant l’idée d’une pleine responsabilité de chacun, Mounier accorderait à Sartre que « l’existence précède l’essence » dans la mesure où les hommes ne sont jamais ce que l’histoire ou le marché les font devenir, mais bel et bien ne sont que ce qu’ils se font devenir; dans L’Existentialisme est un humanisme, Sartre insiste sur la tragédie de la condition humaine, l’homme est condamné à s’autodéterminer sans excuses pour devenir ce qu’il veut être. Néanmoins, dans cette situation initiale que nous subissons, une dimension est oubliée par les athées selon Mounier, il s’agit de la dimension spirituelle. Si l’homme ne peut pas ne pas subir une situation économique, politique, familiale, il ne peut pas non plus ne pas subir une situation d’esprit. Mounier veut corriger une erreur selon lui des existentialistes athées qui voulant libérer l’être de l’homme de tout déterminisme, l’appauvrissent en ne voulant pas voir sa hauteur, sa richesse spirituelle.

La personne est selon Mounier tension car elle reste « creuse » sans engagement dans l’histoire mais elle ne peut pourtant s’y résoudre toute entière. La dimension personnelle des individus se manifeste par une médiation vécue, elle se révèle par l’action engagée dans la communauté. Encore faut-il vouloir y croire. Faire son devoir parce qu’on le doit d’après Mounier reste insuffisant alors que l’on peut faire son devoir par amour de ce que l’on doit. Pour Gabriel Marcel (1889-1973) , également penseur chrétien du XXeS, s’engager n’est pas avoir toujours plus, mais être davantage car si la personne est bel et bien dépassement de soi pour s’engager dans l’histoire, il s’agit de se diriger vers des valeurs incarnables, non pas des valeurs abstraites. Responsable en différents domaines : son travail, l’action politique, sa famille (etc) chaque personne doit oeuvrer à l’avènement d’un monde meilleur, en réalisant maintenant et sans attendre demain, les valeurs. Englobant l’individu que nous sommes, notre personne est dans la communauté, dans la qualité relationnelle. La communauté personnaliste n’est pas un groupe donné, mais toute l’humanité.

Chacun doit veiller à améliorer sa façon de vivre, en développant le souci des autres, en n’obligeant plus par ses cadeaux, en ne prêtant plus avec intérêt etc. A ces conditions seulement pourra se renouer un dialogue de qualité.

 

Nos critiques envers l’existentialisme chrétien de Mounier :

1°) la foi dans la bonne volonté universelle : si la vision de l’histoire de Mounier, sa vision de la personne, ne se veulent pas confessionnelles, c’est porté par une certaine foi qu’il oeuvre. Le personnalisme repose sur la croyance dans l’existence de valeurs « ultimes », universellement reconnaissables et intemporelles, qui habiteraient les personnes de quelque origine que ce soit mais dont le meilleur écho se trouverait dans le Nouveau Testament. La fraternité à laquelle appelle Mounier part du présupposé de valeurs communes aux humains du monde entier, valeurs dites aimées. Si nous devons des comptes à l’humanité entière, nous devrions des comptes aussi aux valeurs en elle-mêmes et devrions nous interroger sur ce que nous en faisons.

2°) notre société réclame-t-elle vraiment de « se spiritualiser » ? Même les slogans les plus inventifs de mai 68 et du mouvement hippie sont aujourd’hui ridiculisés et jugés puérils. Comment envisager croire que sous les pavés il puisse y avoir la plage ou qu’avec la paix et l’amour on puisse rebâtir le monde en mieux ? De nombreux gourous ont fleuri dans les années 70 promettant aux Occidentaux fortunés la plupart du temps qu’ils les sortiraient de leur détresse morale. Or pourquoi voudrions-nous imiter l’abbé Pierre ? L’admiration censée incontournable d’individus-travailleurs-prophètes des valeurs universelles va-t-elle de soi ?

Outre que nombre d’entre nous restent fascinés par la réussite matérielle et séduits par les promesses de l’économie « risquée », la conversion à laquelle encourage Mounier ne coûte-t-elle rien ?

Kierkegaard a bien fait comprendre combien le saut vers la vraie justice, seule richesse qui vaille rend unique car elle ne regarde que chacun, dans une expérience angoissante qui se vit seul, abandonné, sans aucune aide. L’existentialisme chrétien reconnaît cette dimension angoissante à tout engagement mais accorde une grandeur supérieure au choix de valeurs aimables par rapport à l’égoïsme. Or a priori, rien ne permet d’en présupposer la supériorité selon Sartre. Quand dans L’Etre et le néant, l’un de ses élèves vient lui demander conseil pour savoir s’il est préférable qu’il s’engage dans la guerre civile espagnole ou demeure auprès de sa mère qui n’a d’autre soutien que lui, ce dernier lui répond qu’il a déjà choisi en venant le consulter lui et non un prètre… chacun choisit les valeurs pour l’humanité entière, et ces valeurs ne valent pas en soi. Vouloir croire en des valeurs transcendantes relève de la mauvaise foi selon Sartre. Or ce que reproche Mounier à Sartre, est son individualisme : peut-on considérer les valeurs comme indifférentes ? Qu’un engagement soit égoïste ou généreux cela revient-il au même ? Le SS qui choisit de participer à l’extermination d’un peuple n’a-t-il pas tort ? La philosophie de Sartre est une philosophie du sujet décharné, volontaire et aride alors que la philosophie de Mounier se veut une philosophie de la personne aimante et fraternelle.

3°) Révolutionnaire ou réformiste ? Contrairement à Marx ou Proudhon qui escomptent un grand soir qui nous fasse sortir de l’histoire en nous faisant sortir de forces inégalitaires, Mounier affirme que l’on peut réformer l’économie pour empêcher les inégalités. Mounier invite à réformer afin d’entraîner une révolution profonde de chacun et de tous pour faire évoluer le monde vers un monde plus lié, plus humain car plus solidaire. Succombe-je ou ne succombe-je pas à la tentation ? Dans ce cadre d’engagement, l’éducation est essentielle, parce que notre personne se forme, apprend à s’estimer elle-même dans les épreuves.

 

CONCLUSION :

Un temps spiritualiste, Mounier dès qu’il prit conscience de l’épaisseur de l’action politique comprit qu’aucun des deux, entre l’esprit et la matière, ne devait être sacrifié à l’autre. Un temps révolutionnaire, Mounier désinvestira pourtant toutes les propositions de mouvements universels et radicaux, considérant qu’aucun nouveau départ ne pourra se faire sans l’approbation des individus uniques que nous sommes, qu’en comprenant qu’aucun de nous n’est insignifiant.

Le personnalisme est moins un système qu’un courant d’idées auquel intellectuels et politiques se réfèrent parfois comme à une alternative, ou un moyen terme, entre la pensée marxiste et le libéralisme. Cependant la référence au personnalisme est d’abord critique : pour refuser un monde que nous ne voulons pas.

« C’est la crise » soit, mais n’y pouvons-nous rien ?

La jeune génération qui entre ou va entrer sans tarder sur le terrain n’a cessé d’entendre depuis ses plus tendres années que les repères se perdent, que la famille (le mariage, la mémoire vacillante, la délinquance montante..), comme la politique (l’abstentionnisme en étant le pire symptôme du mal atteignant les démocraties), comme les églises, la société occidentale en général (l’autorité, le marché de l’emploi, la recherche…) sont en crise… comment parier sur l’engagement dans un siècle où dès le 11 septembre 2001 même la plus grande puissance politique se révèle vulnérable ? Chacun aujourd’hui a tendance à concentrer ses efforts sur sa « réussite », en essayant de sauver le mieux possible sa mise du jeu des forces dont il se sait exclu d’avance. Or outre que la réussite matérielle n’est pas tout pour être heureux, faut-il ne plus s’engager sous prétexte qu’il est de plus en plus difficile de faire durer les liens ? Les parcours professionnels sont précaires, les mariages de plus en plus fragiles et au sentiment de notre impuissance s’ajoute une certaine indifférence protectrice : on réessaiera et on verra bien… un autre emploi, une autre formation, un autre couple…

Or s’engager a d’autant plus de valeur que les défis à relever par la liberté personnelle sont forts ? Où serait l’engagement s’il n’y avait pas de risque ? S’engager, c’est s’obliger, se mettre en gage en envisageant un avenir relié à d’autres hommes. Mounier propose une école de pensée « à hauteur d’homme » a pu dire Vincent Triest, car il invite à « penser sa vie, vivre sa pensée ». S’il faut se méler aux jeux de forces au lieu de rester spectateur et consommateur, s’il faut aller sur le terrain pour faire que les choses bougent, comprenons que la transformation de ce monde en crise passe par les structures mais s’accomplit dans l’engagement même des personnes humanisant ce monde. Alors nous pouvons comprendre que « La Révolution morale sera économique ou ne sera pas. La révolution économique sera morale ou ne sera rien».

L’intellectuel doit être prophète pour bien remplir son rôle. Il doit non seulement faire réagir mais faire agir la foule en s’adressant à nos consciences. La révolution personnaliste n’a pas encore eu lieu mais la faute à qui sinon la nôtre ? N’est-ce pas maintenant ou jamais ? L’engagement ne sauve pas de l’angoisse, toutefois si nous ne pouvons pas être assurés d’être gagnants lors de nos engagements, nous gagnons à partir confiants (en nous et en l’homme) pour mener de façon persévérante nos efforts et aboutir à une révolution durable.

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